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PROBLEMATIQUE DU DEVELOPPEMENT DE LA CULTURE STATISTIQUE AU TOGO

Par KPEKPASSI Raoufou, Spécialiste en communication à la DGSCN/Togo

comment expliquer la réticence des chefs d’entreprises à fournir des informations pour l’élaboration de l’Indice Harmonisé de la Production Industrielle (IHPI) ?

Les Instituts Nationaux de Statistiques (INS) investissent aujourd’hui assez de moyens financiers et humains pour assurer la production de données statistiques dans le but d’accompagner les choix et décisions politiques en matière de gestion du développement de nos pays. Cette production de données implique une collecte d’informations auprès des populations ou des groupes cibles visés. Souvent mal renseignées sur l’importance de ces données sans lesquelles on ne saurait parler de politique de planification et de développement, les populations sont parfois réticentes à répondre aux questions posées par les agents de collectes sur le terrain.

Vue partielle des participants à l’Atelier du 26 janvier 2011 au CCIT à Lomé

Le Togo qui a eu le mérite d’organiser le dénombrement du quatrième Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH4) du 06 au 21 novembre 2010, après celui de 1981 soit près de 30 ans après, n’a pas échappé à ce triste constat, malgré les multiples efforts de sensibilisation engagés sur le terrain avec l’appui des médias, des autorités administratives et locales du pays : refus parfois de répondre aux questions des agents recenseurs par ici, refus de recevoir ces derniers, sous prétexte qu’ils travaillent en bonne intelligence avec les services de perception d’impôts par là, confusion entre recensement électoral et RGPH4 etc. , sont autant de faits que nous avons observés dans quelques localités. Cette situation explique la problématique de la culture statistique qui se pose dans notre pays.

En effet, cette problématique devient sérieuse avec le refus de certains cadres d’entreprises qui ne veulent rien entendre, lorsqu’on les approche pour obtenir des informations statistiques de leur entreprise en vue de l’élaboration l’Indice Harmonisé de la Production Industrielle (IHPI).

Cette réticence à fournir des données statistiques des entreprises n’est plus à démontrer et cette situation ne permet pas à la Direction Générale de la Statistique et de la Comptabilité Nationale (DGSCN), de publier cet indice en temps réel conformément aux recommandations de la Commission de l’Union Economique et Monétaire Ouest-Africain (UEMOA).

En réalité, l’IHPI est un indicateur conjoncturel qui permet d’apprécier l’évolution de l’activité industrielle. Son élaboration se situe dans le cadre de la surveillance multilatérale des Etats membres de la Commission de l’UEMOA qui avait organisé du 23 au 27 juin 2003 à Ouagadougou au Burkina Faso, un atelier de validation de la méthodologie d’élaboration de cet indicateur. Mais concernant le Togo, la production de cet indice a commencé bien avant.

Historiquement, l’Indice de la Production Industrielle (IPI) a pour la première fois été produit au Togo en 1994 par la Direction des Statistiques (actuelle DGSCN) après les mouvements sociaux de 1990, notamment la grève générale de 1992 et la dévaluation du Franc CFA de 1994 pour mieux apprécier la situation dans les entreprises industrielles togolaises au lendemain de ces événements qui ont eu un impact sur l’économie du pays. En 2000, soit six ans après, la Direction de l’économie a repris cette production pour ses propres besoins d’analyse et de prévision économique. Suite au besoin d’harmonisation des statistiques approuvé par la Commission de l’UEMOA en juin 2003 à Ouagadougou, la production de l’IHPI a repris et elle est assurée par la DGSCN. Cette avancée s’est traduite au cours de cette même année par l’exécution de l’Enquête Trimestrielle auprès des Entreprises Industrielles (ETEIT). Le projet a connu divers appuis notamment de la Commission de l’UEMOA à travers des missions circulaires et les appuis financiers et matériels (2007 et 2009), les appuis techniques d’AFRISTAT et de l’UE (2005), et un appui du BIE à partir de 2007.

Les difficultés rencontrées sur le chantier de l’IHPI par la DGSCN sont nombreuses mais celles qui nous intéressent dans le cadre de cette analyse, restent les difficultés qui proviennent du refus ou de la réticence de certaines entreprises de répondre aux questions qui leur sont destinées via le questionnaire d’enquête. Ces questionnaires sont partiellement remplis avec des données qui sont parfois fausses et contradictoires occasionnant ainsi, des problèmes lors du traitement et de l’analyse.

Plusieurs facteurs à notre avis seraient à l’origine de cette réticence. A la question de savoir pourquoi certaines entreprises refusent de fournir des informations pour l’élaboration de l’IHPI, on se rend compte que la réponse n’est pas aisée à donner tant qu’une étude qualitative n’est pas initiée pour comprendre les motivations des uns et des autres concernés par ce fait. En revanche, nous pouvons nous poser des questions qui pourraient sans doute nous aider à avoir une idée sur les causes réelles du problème.

 

Alors, si certaines entreprises industrielles sont réticentes à fournir des informations adéquates pour l’élaboration de l’IHPI en temps réel :  

  • Est-ce parce que celles-ci n’ont pas suffisamment d’informations qui les renseignent sur l’utilité de cet indice ?
  • Est-ce parce que celles-ci pensent que les informations que la DGSCN leur demande seront utilisées contre leurs intérêts ?
  • Est-ce parce les entreprises industrielles n’apprécient pas la stratégie mise en place par la DGSCN pour collecter ces information ?      

 

Autant de questions qu’on peut continuer par se poser tout en oubliant pas les atouts que le Togo peut aussi tirer avec l’élaboration de l’IHPI. Comme personne ne peut le nier, ces atouts sont nombreux, surtout  si l’on sait que cet indice permet de faire le suivi de la production des branches industrielles du pays. L’IHPI contribue au diagnostic conjoncturel, permet aux pouvoirs publics tels que le ministère de l’économie et des finances et celui de l’industrie de suivre l’évolution du tissu industriel et d’être attentifs aux tendances annuelles de la production et aux détails dans la description de ces tendances en suivant le déroulement des cycles macroéconomiques. L’IHPI étant un élément de prévision et de correction des prévisions des comptes nationaux et un moyen qui annonce ou confirme une orientation de la production industrielle à laquelle on s’attend, il permet par là même, aux gouvernants et aux investisseurs de réagir à ses infléchissements ou changements.

En attendant donc de trouver des réponses claires aux questions que nous nous posons pour comprendre la réticence de certains cadres d’entreprise à fournir des informations statistiques de leur entreprise pour l’élaboration de l’IHPI, nous ne pouvons qu’encourager la DGSCN à poursuivre ses efforts de sensibilisation pour aider les entreprises de notre pays à disposer des informations justes sur les objectifs et l’importance de l’IHPI. Il s’agira de mieux expliquer le processus de remplissage du questionnaire, partie par partie et variable par variable si possible, dans le but de réduire les cas de remplissage fantaisiste et d’en finir avec certains questionnaires qui arrivent avec des manquants. Nous pouvons également recommander à la DGSCN de faire une sensibilisation ciblée pour les chefs d’entreprises les plus réticents en insistant sur ce que leurs entreprises peuvent gagner en donnant des informations demandées. Il s’agira également, d’adresser des correspondances aux premiers responsables d’entreprises (DG) pour les dispositions à prendre afin d’éviter les retards dans les réponses aux questionnaires, d’organiser des réunions d’information et de sensibilisation en exigeant la présence effective des DG. La mise en place d’un système plus rigoureux pour viabiliser la collecte des données avec l’appui des points focaux identifiés dans les entreprises concernées, serait aussi une action à soutenir pour faire bouger les choses dans le bon sens.

 

Soulignons que l’Atelier d’information et de formation des chefs d’entreprises industrielles, organisé le mercredi 26 janvier 2011 à la Chambre de Commerce et de l’Industrie du Togo (CCIT) dans le cadre de l’élaboration de l’Indice Harmonisé de la Production Industrielle (IHPI) et des soldes d’opinions dans l’industrie a été une occasion pour la DGSCN de rappeler toutes ces recommandations aux chefs d’entreprises industrielles ainsi qu’aux acteurs directement concernés par cette question.